Tout travail mérite salaire disait ma grand-mère

Lors d’une première rencontre, la question sur le métier arrive rapidement. La profession que vous exercez en dit long sur vous  et c’est pour cette raison que j’ai toujours eu un souci pour répondre sans être mal à l’aise. Les fonctions que j’ai pu tenir ces dernières années ont eu un but franchement alimentaire et je n’avais pas du tout l’impression qu’elles étaient une bon critère pour me présenter.

Mais Je me suis pliée à cette règle sociale en souriant « je suis secrétaire, je suis vendeuse, je suis saisonnière, je suis chômeuse, je suis responsable d’équipe » et puis avec le temps j’ai rajouté timidement « je suis écrivain ».

Mais tu gagnes combien ?

Jamais personne ne vous pose cette question quand vous dites que vous êtes plombier ou fonctionnaire alors que lorsque vous avez une activité créative le tabou du salaire saute comme un bouchon de champagne (ou d’une petite clairette de die tout dépend de vos moyens). Et si vous avez de la chance, votre interlocuteur rajoutera souvent sans attendre la réponse : Pas de quoi en vivre sinon tu n’aurais pas un VRAI travail à côté.

La valeur de votre travail se résume-t-il aux revenus que vous en tirez?

Qu’est ce que le travail ?

le mot travail viendrait du nom latin tripaliare signifiant « tourmenter, torturer avec le trepalium qui est un instrument formé de trois pieux, deux verticaux et un placé en transversale, auquel on attachait les animaux pour les ferrer ou les soigner, ou les esclaves pour les punir.

Vous avouerez que ça ne donne pas trop envie de se lever le matin.

Lors d’un repas , je discute avec une femme, la cinquantaine. Elle me dit rapidement être secrétaire, une place qu’elle occupe depuis le début de sa carrière avec des collègues qu’elle apprécie. Pas de vague, un train train quotidien qui l’ennuie un peu mais qui lui convient car elle ne rencontre pas de soucis particuliers. Et puis elle me parle de son jardin, de son potager. Elle me montre les photographies de ses bosquets et de ses légumes. Elle passe le reste du repas, les yeux pétillants à m’expliquer comment elle cultive son potager sans aucun pesticide et me donne des conseils pour mon jardin. Au bout d’un moment, je lui demande pourquoi elle n’a pas choisi un métier en corrélation avec sa passion ?

Elle me répond : Oh non, je veux que cela reste un plaisir.

Comme si dans l’inconscient collectif le travail doit toujours être associé à quelque chose de difficile, d’un peu déplaisant, d’obligatoire et de subi.

D’après de récentes études linguistiques, le mot travail serait à traduire par l’expression « d’une tension qui se dirige vers un but et qui rencontre une résistance ». En bref, le travail exprime un principe de passage d’un état vers un autre.

Donc la pénibilité ne serait pas une notion fondamentale pour définir le travail. Une idée révolutionnaire mais loin d’être répandu.

À chacun son époque à chacun sa vision du labeur

Les sociétés primitives ne connaissent pas la valeur de travail. Ils répondent à des besoins tels que se nourrir, se protéger des intempéries et des prédateurs en effectuant des tâches.

Durant l’antiquité et le Moyen Âge, la société est partagé entre ceux qui travaillent : les esclaves et les serfs et ceux qui oeuvrent : les militaires et les prêtres. Le travail est perçu comme indigne et dégradant, comme un châtiment de Dieu.

Au fil du temps, la frontière entre le travail des serfs et les actions des militaires et des prêtres va s’amincir. On va alors voir le travail non plus comme une peine mais comme une fonction. Pour autant comme en atteste les canons de beauté de l’époque à la peau blanche comme le lait ( en opposition au tain halé par le soleil des gens du peuple qui travaillent dans les champs), le travail reste avilissant.

Pourtant à partir du 16 e siècle, le travail va peu à peu être reconnu comme valeur pour l’homme qui fait ainsi partie de la société. À partir du 18 e siècle il n’est plus considéré comme un accomplissement de tâche mais comme une unité de valeur. On ne travaille plus pour créer quelque chose mais pour avoir de quoi vivre. Le plaisir du travail ne vient plus de l’acte lui-même mais du revenu qu’il procure.

*source : le monde.fr

Calculer son salaire : Je gagne beaucoup d’argent donc je suis

D’après la définition du Larousse, le travail est une activité de l’homme appliquée à la production, à la création, à l’entretien de quelque chose. Jusque-là j’ai tout bon, avec mon activité d’écriture je crée quelque chose donc je travaille selon le Larousse en tout cas.

Je continue ma lecture et mes yeux butent sur « Activité professionnelle régulière et rémunérée : Vivre de son travail » . Je me dis que l’incompréhension commence ici.

« Tout travail mérite un salaire » disait ma grand-mère. Le salaire c’est une somme versée en contrepartie de tâches effectuées par une personne, dans le cadre d’un contrat de travail. .Mais c’est aussi un chiffre qui permet de vous positionner socialement. Plus vous gagnez, plus vous êtes haut dans l’entreprise mais aussi dans l’échelle sociale. Et rien à voir avec vos compétences, vos qualités ou le labeur fourni.

Le salaire devrait être la valeur que l’on donne à un travail mais il est souvent la valeur que l’on donne au travailleur

Le cerveau humain a besoin de catégoriser c’est comme ça. C’est son mode de fonctionnement. Et en plus il adore les raccourcis pour le faire. Sans réfléchir, il se dira que si vous gagnez beaucoup d’argent vous êtes quelqu’un d’important. Vous trouvez ça injuste pourtant demandez-vous pourquoi on fait la liste chaque année des personnalités les plus riches, les acteurs, les chanteurs qui ont eu les plus gros cachets. Pourquoi on raffole de savoir combien ce footballeur a été payé ou combien ont été vendues les lithographies de Picasso.

Différence entre sans emploi et chômeur

Le salaire net en bas d’une fiche de paie vous inclut dans la population active à la différence de celles ne cherchant pas d’emploi, comme les personnes au foyer, les étudiants et les retraités.

femme de ménage, blanchisseuse, animatrice pour enfants, jardinière, cuisinière, soutien au devoir, taxi… La femme au foyer est multi-activités. En 1965, les femmes obtenaient le droit de travailler sans l’autorisation de leur mari. C’est-à-dire le droit de gagner un salaire puisque les tâches domestiques hier comme aujourd’hui ne sont pas considérées comme du travail. Même si le statut de personne au foyer est un choix,  certaines personnes ont le besoin de justifier de leur activité journalière puisque aucune reconnaissance pécuniaire ne permet de quantifier leurs activités aux yeux des autres.

Réflexion pour plus tard : Comment est-on passé de ma sorcière bien-aimée à Lara Croft en 50 ans ?

Mais La condition de chômeur est d’autant plus inconfortable qu’elle n’est pas choisie. Quand en plus, le gouvernement met en place le renforcement des contrôles des demandeurs d’emploi, il stigmatise l’oisiveté qu’on prête aux personnes en recherche d’emploi et leur renvoie une image méprisante. C’est plus facile de dire que c’est la faute des chômeurs s’ils ne travaillent pas plutôt que de dire que l’on n’a pas de solution pour arriver au plein-emploi.

Dans une société où  votre rémunération est un critère d’évaluation ne pas avoir de rétribution venant d’un travail peut être alors mal vécu.

Pour résumé :

  • Le travail est représenté par le revenu que l’on peut en tirer et non par ce qu’il apporte pour soi et pour le collectif.
  • On a beau parler d’épanouissement professionnel, il est tout de même admis dans l’inconscient collectif que « si on en bave pas un peu ce n’est pas un VRAI boulot »
  • Le salaire est devenu un critère pour définir une personne.

Mais en jaugeant ce que l’on gagne, sait-on réellement ce que l’on vaut ?

 

L’image est tirée du film « les temps modernes »

4 commentaires sur “Tout travail mérite salaire disait ma grand-mère

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  1. Je me retrouve bien dans cette description.
    J’ai longtemps cherché ma place, professionnellement parlant, passant de petits boulots à « meilleur emploi » (j’entends par meilleur, mieux payé et plus stable), mais je n’étais jamais vraiment heureuse car ce que je voulais réellement faire ne rapportait pas vraiment d’argent, du moins pas tout de suite, et il est rare de pouvoir en vivre réellement.
    J’ai toujours rêvé de devenir auteure.
    Mais voilà que mon nouveau statut de mère au foyer m’offre l’opportunité de faire enfin le boulot de mes rêves, celui qui est d’écrire. Et si je ne gagne rien, je peux sortir la carte de « mère au foyer » toujours mieux perçu que « simple » femme au foyer…
    C’est ingrat car même si je suis épanouie, même si je me fiche de ce que mes écrits rapporteront (mon plaisir étant avant tout le partage de mes histoires), je ne peux pas avancer ce métier comme étant le mien. J’ai la chance de pouvoir faire le métier de mes rêves et pourtant, je dois le cacher, je ne peux pas l’annoncer car quand je le fais, on me demande, comme si bien dit dans votre article, si je gagne ma vie ainsi, si je gagne bien, si ça rapporte, si je vends… Et si ce n’est pas le cas (d’autant que ma première histoire est en cours de correction donc pas encore publiée… Faut le temps), alors ce n’est pas un métier, c’est tout juste un passe-temps, éventuellement une passion, mais en aucun cas ça ne compte…
    Je n’ai pas de métier car pas de salaire alors que j’en cumule deux métiers, celui de mère (qui en soi est déjà un « métier » à multiple facettes) et celui d’auteure.
    Alors ont sent que les personnes aux « métiers ingrats » ont soudainement la possibilité de regarder quelqu’un de haut, de se sentir supérieurs. « J’ai un métier ingrat, mais je gagne un salaire, MOI ! »…
    Voilà pourquoi, depuis pas mal de temps maintenant, je ne demande que rarement le métier que fait une personne que je rencontre, je le découvre souvent plus tard ou au fil d’une discussion sur le sujet. Ma première question se portera plus facilement sur les passions de cette personne. S’il se trouve que cette personne lie passion et métier, alors là, évidemment, on en parlera ! Qu’importe le revenu !
    Merci pour cet article !

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    1. Portez fièrement vos deux métiers qui sont l’un et l’autre riche en émotion et en expérience. Tenez moi au courant de la publication de votre ouvrage, je serai ravie de faire partie de vos premiers lecteurs.

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      1. Merci beaucoup pour vos encouragements !
        Pour ce qui est de mon histoire (que je n’ose même pas encore appeler roman tant j’aurais l’impression qu’il est prétentieux de parler de sa forme finale avant l’heure), elle est très particulière, assez noire au début, il y a du surnaturelle (par petite touche, mais pour un final hors de la réalité), etc.
        Je me doute qu’en plus, le public sera assez restreint ^^’

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